[Coaching] Equitation : pourquoi les « clients » ne progressent pas

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DIFFÉRENCIER LE CLIENT DE L’ÉLÈVE.
L’équitation n’est pas un sport comme les autres. La relation qui unit le coach à un sportif présente deux protagonistes. En équitation, le coaching tient compte d’un troisième protagoniste, et non des moindres, le cheval sans qui aucune relation ne serait possible entre un cavalier et son coach. Dans cette relation, le coach doit non seulement tenir compte du sportif-cavalier mais aussi de l’athlète-cheval pour former un couple uni et harmonieux quelle que soit la discipline.

Dans ce triangle relationnel, il y a déséquilibre entre les différents protagonistes puisque le cheval par essence n’est pas voué à désirer pratiquer l’équitation et donc, non décisionnaire. Il existe par ailleurs une relation commerciale entre le cavalier-client et le coach-prestataire qui mène à établir des objectifs. Dans ce cadre, la progression est l’ensemble des moyens techniques pour affiner la communication avec son cheval et ainsi atteindre des objectifs sportifs ou non. Même s’ils constituent un indicateur clé de la performance, les résultats en compétition ne sont pas pour autant synonymes de progression.

Comment est-il alors possible de progresser sereinement quel que soit le prix/le niveau/la morphologie de son cheval ? Cette question, nous nous la sommes posée avec le cavalier professionnel et instructeur Thomas Stempffer. Et si le principal frein de la progression n’était finalement qu’une question de perception et d’éducation de l’approche des cavaliers vis-à-vis du coaching et du cheval ?

Préambule par Roxanne Legendre

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Equitation : Pourquoi les « clients » ne progressent-ils pas ? écrit par Thomas Stempffer.

Montez-vous à cheval pour devenir meilleur ? Avez-vous besoin de devenir meilleur pour atteindre vos objectifs ? Partons du postulat que l’équitation est un sport, qu’il soit pratiqué en compétition ou non. A cheval, la difficulté technique réside dans le fait de dissocier avec précision les mouvements de son corps, pour agir au bon moment et avec la bonne intensité.

Progresser, c’est se faire mieux comprendre de l’équidé pour partager avec lui un moment de jeu, de sport, de travail, de loisirs ou de simple complicité. Les progrès équestres des cavaliers résident donc dans leur capacité à améliorer leur communication avec l’animal. Cela passe exclusivement par une meilleure utilisation du corps et de l’esprit. Anima sana in corpore sano.

Mais voilà, les expertises visuelles et techniques demandées pour évaluer les progrès d’un cavalier ne sont pas accessibles à tous. Il est souvent plus simple pour les clients amateurs d’évaluer leur progression à leurs résultats en compétition, au lieu de rester concentrés sur la recherche de leurs sensations, clef de tout succès équestre durable. Les cavaliers amateurs peuvent-ils devenir suffisamment experts en coaching pour déterminer si oui ou non les conseils d’un professionnel leur permettent de devenir meilleur ? Non, assurément.

Ils peuvent en revanche s’éloigner d’un professionnel pour diverses raisons objectivement valables, comme un désaccord de fond sur la philosophie dans laquelle s’effectue la pratique sportive par exemple. Ces dernières années, force est de constater qu’il est devenu compliqué de différencier clients et élèves. Les termes sont tous deux employés pour définir un cavalier qui bénéficie d’une prestation de coaching sportif contre rémunération. Plus volage, moins fidèle à son coach, à la manière de consommateurs lambda, les cavaliers amateurs sont de plus en plus nombreux à « piocher » chez l’un et chez l’autre des prestations qui lui permettront d’obtenir satisfaction.

Peut-on consommer de l’équitation dans le but de progresser ? Oui, à la condition de se remettre en question à chaque instant, et de comprendre que notre position de cavalier nous oblige à nous adapter constamment au cheval, et non l’inverse. La dominance de l’égo est donc un frein colossal à la progression. En coaching, le résultat de la prestation dispensée revient exclusivement à l’acheteur lui-même. Là où l’élève dira : « Que dois-je mieux faire pour atteindre mes objectifs ? », le client, dira : « Je paye et je n’obtiens pas, donc je change de prestataire ou de cheval ». Là où « le client » se laisse écraser par les objectifs qui lui permettront de satisfaire son égo, « l’élève » a compris que sa concentration sur ses propres moyens constitue sa plus grande chance de parvenir à ses fins.

Le besoin de résultats palpables à court terme a été transposé à l’univers équestre depuis la mercantilisation de l’équitation. Il n’est malheureusement pas applicable à l’équitation car celle-ci demande essentiellement du temps, de la patience et de l’autodiscipline. Pour de multiples raisons, cette activité se veut parfois frustrante, et nous savons tous qu’un client frustré est un client mécontent, tandis qu’un élève frustré est un élève qui apprend, et donc, progresse.

Chers amateurs : oui c’est de votre faute. Toutes vos erreurs sont de votre faute, et vous devez l’accepter par défaut, sans vous flageller, et sans culpabiliser. La bonne nouvelle c’est que ce n’est pas grave, car les erreurs n’existent pas vraiment ! Ce sont des étapes de progression dans lesquelles votre coach voit très clair. Si vous avez confiance en lui, vous avancerez, même si cela prend du temps. Si vous voulez devenir meilleurs sportivement, vous devrez pour cela faire le choix de devenir des élèves à part entière. Vous devrez aussi dire adieu à votre égo, et à toute logique anthropomorphiste à chaque fois que vous serez en compagnie de votre cheval.

Chers professionnels : faites-vous confiance ! Les clients vont et viennent. C’est le jeu de la société de consommation. L’époque des gourous est désormais révolue ; la fidélité est devenue trop rare pour être attendue. L’implication de vos cavaliers dépendra de votre capacité à les faire adhérer à votre philosophie équestre, même pour un temps seulement. Vous devez savoir qui est en face de vous pour mieux vous y adapter : client ou élève ?

Pour l’un comme pour l’autre, vous devrez chaque jour répondre à la question : « Pourquoi sommes-nous ici, ensemble ? ». Si c’est à minima pour l’amour des chevaux, alors vos progrès techniques sont indispensables car tout cavalier doit à son cheval ce qui est bon pour lui. Si vous les écoutez, les chevaux, eux, répondent simplement à cette question par : nous sommes là pour vivre en paix.

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4 Responses
  • Danièle
    octobre 18, 2019

    Merci pour cet article plein de vérités pas toujours faciles à admettre.

    Notre époque compte en effet de moins en moins de personnes qui se comportent en véritables élèves. Il n’est certes pas confortable d’agir et d’être déçu. Cela demande de l’humilité et du courage. Or, les gens veulent des résultats rapides sans fournir trop d’efforts et considèrent l’enseignant comme le moyen, presque l’« outil » qui doit leur permettre d’y parvenir. Et si le résultat n’est pas au rendez-vous, c’est que l’outil n’est pas adapté, n’est-ce pas ? Cette attitude est encore plus marquée si l’enseignement est payant. On achète alors un résultat, et on y a droit puisqu’on a payé. On souhaite de plus l’obtenir le plus rapidement possible en fournissant le moins d’efforts possible. Quelle erreur !

    Un enseignant, aussi compétent et génial soit-il, ne restera toujours qu’un guide. Il peut partager ses expériences et donner des conseils, mais c’est à l’élève de parcourir le chemin. Quelle satisfaction de pouvoir se dire : j’ai eu des difficultés, j’ai cherché des solutions, j’ai mis en œuvre des moyens, et j’ai progressé. C’est bien plus valorisant que d’obtenir des résultats rapides dans le facilité. Finalement, le résultat en soi a bien moins d’intérêt que les apprentissages réalisés pour tenter d’y parvenir.

    Tout cavalier devrait rester un perpétuel élève. Il doit cela à tous les chevaux qui l’accompagnent.

  • Mathieu
    octobre 19, 2019

    Cet article est très intéressant et permet aux cavaliers qui le souhaitent de se remettre en question pour savoir dans quelle optique il se place (client ou élève).

    Cependant, que peut on dire de la remise en question des Coach qui doivent, eux aussi, comprendre la place d’un cavalier, qu’il soit débutant ou confirmé.
    En effet, pour des cavaliers débutants, voulant évoluer en compétition (à petit niveau dû à un âge un peut tardif), pourquoi seraient-ils traités comme des simples clients alors que le cavalier manifeste sa volonté d’évoluer en tant qu’élève ?

    Un cavalier paie pour avoir en premier lieu pour la pratique et/ou des résultats. Un cavalier paie aussi pour avoir des conseils en vue d’une amélioration. Serait-ce au cavalier de demander sans cesse des conseils ou au coach de comprendre pourquoi le cavalier est là ?!

    La remise en question doit venir des deux parties.

  • Clémence
    octobre 19, 2019

    Pour une fois, je trouve que cet article génère un nombre de généralités assez énormes et met tout les cavaliers amat et coach dans le même panier.

    Que doit-on dire du paquet de coachs qui se considère comme gourou ? Une personne n’a t-elle pas le droit d’avoir la présence d’esprit de se dire qu’une autre ne peut pas décemment détenir toute la vérité ?

    Se remettre en question c’est s’adapter pour comprendre. J’en ai vu passer un paquet des coach qui préféraient décréter qu’un poney n’est pas bon, plutot que d’essayer de remettre en question leur méthode pour trouver des solutions.

    Je pense que le mal du siècle en équitation, c’est qu’il y a aussi beaucoup de « coach » qui n’y connaissent rien, et qui ne voient que l’appât du gain. Qui ne voient que leurs cavaliers comme des billets de banque ambulants et qui ont complètement perdu l’amour et l’art d’apprendre l’équitation. C’est le serpent qui se mord la queue…
    Il y en a encore, heureusement, qui savent faire, des vrais, qui ont appris et qui ont su piocher auprès de ceux qui leur parlent. Mais il était temps que la filière se réforme, et durcisse les tests d’entrée au BPJEPS afin d’écumer un peu les « pseudos cavaliers pro ».

    Pour finir, ce qu’il faut accepter aussi, c’est qu’aujourdhui, l’information est disponible à tous. Aujourd’hui, un cavalier amateur a la possibilité de lire, de s’informer, d’apprendre et de comprendre tellement de choses via les plateformes d’apprentissage, les réseaux etc … Tout n’est pas toujours bon à prendre, mais à l’heure actuelle, le cavalier amateur ne dépend plus uniquement de son coach, prof, moniteur pour apprendre, il peut décider volontairement de se forger des idées, des points de vues … Il faut le prendre en compte, beaucoup de cavaliers amateurs/ « consommateurs lambda » ne sont pas ignares, voir sont même cultivés sur tout ce qui attrait au cheval, son mode de vie et l’équitation.

    Bref, encore une fois, ce n’est pas l’un ou l’autre le problème, c’est un tout qui tend à se transformer vers quelque chose qui ne fonctionne plus.

  • Robert Fournier
    novembre 5, 2019

    Félicitations !, votre article fait présentement le tour du Québec. Il ne faut pas perdre de vue que le sujet en est d’établir une comparaison entre le « client » et « l’élève ». Je suis tout à fait d’accord, nous observons exactement les mêmes comportements ici.
    En ce qui concerne les « gurus », je crois que la bonne façon de se choisir un entraîneur se résume en 2 points.
    1. Observez les entraîneurs dont les élèves et chevaux de différents niveaux ont une progression constante. Un cheval au talent modeste qui évolue bien confirme versatilité et compétence.
    2. Validez l’aspect pédagogique, un bon cavalier n’est pas nécessairement un bon coach. Sa personnalité doit être compatible avec la vôtre et il doit avoir la faculté de bien faire assimiler son enseignement.

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