David Deschler : “Il est primordial d’intéresser les gens au dressage pour le bien-être des chevaux”

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Découvert à la finale du Championnat des 7 ans 2020 avec Alcatraz au Boulerie Jump, David Deschler m’a surprise par sa simplicité et son parcours atypique.

Rencontre avec ce cavalier professionnel de dressage et enseignant de 25 ans, avec qui nous avons échangé autour de l’importance du dressage dans le bien-être physique des chevaux, du dressage contemporain vs équitation de tradition française. Vous découvrirez également le parcours de ce cavalier passé par le circuit “poney-club” qui, grâce à l’ambition et à la remise en question, a traversé les frontières et l’océan (Atlantique) pour pouvoir évoluer et aujourd’hui vivre de sa passion.


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INTERVIEW

Tu t’es installé au Haras de Bréval en juin 2020. Peux-tu nous raconter ton parcours équestre de tes débuts jusqu’ici ?

J’ai commencé l’équitation vers l’âge de 8 ans en poney-club bien que je ne sois jamais passé par l’étape poney, on m’a tout de suite mis à cheval ! Parce que j’ai toujours été très grand, je mesure actuellement 2m pour l’anecdote. C’était dans le sud de la France, je suis originaire de Montpellier. La compétition m’a tout de suite attiré, j’ai commencé par le saut d’obstacles. A l’époque, je montais dans un centre équestre qui faisait du horse-ball et du CSO. J’avais donc le choix entre les deux et le horse-ball, ce n’était pas pour moi. Puis je me suis très vite rabattu vers ce qui me passionnait depuis toujours : le dressage.

J’ai commencé en épreuves club puis amateur 3 puis 2 et 1. Après, je suis parti à l’étranger me former. J’ai toujours su que je voulais en faire mon métier. C’était inné du moment où j’ai commencé à monter à cheval. Je savais que je ferai ça toute ma vie et que ce serait mon métier. Je suis très content que ce soit toujours le cas aujourd’hui. Je suis ensuite arrivé aux États-Unis vers 15-16 ans chez Michael Cintas. J’y suis resté un an pendant lequel je travaillais mes cours en français par le CNED. Je montais à cheval dans la journée, j’ai fait une très belle saison de concours. Je suis revenu en France pour faire mon année de Terminale. Après le Bac, coup de chance, j’ai eu de très belles opportunités chez Anky Van Grunsven et Jeroen Devroe. Je suis parti me former deux ans. Quand je suis rentré en France, j’ai décidé d’acheter un bon cheval de dressage, de m’installer et de devenir professionnel.

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En passant par les écuries d’Anky Van Grunsven (NL) et Jeroen Devroe (BE), quelles leçons as-tu pu retenir de ces cavaliers de dressage ?

Ce qui a été intéressant, c’était de voir – au-delà de l’aspect sportif et du travail des chevaux – tout ce qui fait le quotidien de l’écurie. Tout ce qui fait le quotidien des chevaux : l’alimentation, les paddocks, le travail, le suivi vétérinaire. C’était vraiment passionnant de pouvoir évoluer dans des structures avec une équipe passionnée, faire des rencontres avec les personnes qui venaient de l’extérieur, parfois même des cavaliers que je n’avais vu qu’à la télé ! J’ai essayé de m’imprégner de chaque moment car c’est des moments précieux dans des endroits comme ceux-là.

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J’aimerais aborder avec toi l’équitation de tradition française, qui est incarnée par des écuyers français tels que François Robichon de La Guérinière, François Baucher, le général Decarpentry et Alexis L’Hotte. et qui se base sur l’harmonie, la relation Homme-Cheval, la légèreté, l’absence de contraintes. Pour toi, y a-t-il une différence entre cette équitation et la discipline du dressage contemporain ? Si oui, laquelle ?

C’est une question intéressante. Je pense surtout que de nos jours, on est exposé très facilement à toutes les oppositions de méthodes, de façons de travailler les chevaux. Dans l’absolu, l’équitation de tradition française est tout de même une notion universelle dans ce qu’on cherche avec les chevaux que ce soit dans l’harmonie, l’absence de contraintes… Sur l’exemple du Général de Decarpentry, je me réfère souvent à ce qu’il dit en termes de philosophie mais pas nécessairement en termes de pratique. Pour anecdote, quand j’ai passé mon DEJEPS, son livre “Équitation académique” était une référence sur lequel je reviens souvent aujourd’hui dès que j’ai une interrogation un peu “existentielle” ou un petit blocage technique avec un cheval.

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L’équitation de tradition française est reconnue comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Malgré ce patrimoine, cette culture et cette reconnaissance, qui sont ou devraient être des piliers de l’équitation d’aujourd’hui, pourquoi selon toi le dressage n’est pas plus représenté au sein des structures d’enseignement de l’équitation ?

Je pense que c’est dur d’intéresser un enfant au dressage au sens propre du terme, au-delà du travail sur le plat, et c’est dur de lui faire prendre plaisir parce que ça demande de la rigueur, de la discipline, du feeling pour sentir ce qu’il se passe sous la selle même à bas niveau. Il faut aussi dire qu’il y a une pratique de masse qui est privilégiée au poney-club et il est plus facile de stimuler les enfants sur des obstacles, du horse-ball ou du pony-games.

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Selon toi, comment on peut intéresser les cavaliers en général et notamment ceux qui parfois commencent l’équitation à l’âge adulte ? Comment peut-on valoriser la discipline ?

Plutôt que de chercher à les intéresser à tout prix – car il y aura toujours des personnes qui préféreront sauter des barres ou partir sur un cross – je pense surtout qu’il faut bien faire comprendre l’importance que ça a pour les chevaux, qu’ils soient destinés au dressage ou non. Le travail en dressage et sur le plat est primordial pour le bien-être physique de tous les chevaux, pour leur construire des physique harmonieux qui fonctionnent correctement pour mieux aller sur les barres, pour mieux aller sur le cross, etc. Je pense vraiment qu’il faut bien inculquer l’importance de ce travail-là, que ce n’est pas magistral, ni des heures à faire du tape-cul, des cercles et des transitions sans intérêt. C’est beaucoup trop important pour les chevaux pour s’en passer.

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Qu’est-ce qui t’a poussé vers le dressage ? A quel âge est venue cette passion ?

Ça m’a toujours fasciné. J’avais même pas commencé le poney-club, je me souviens avoir vu Anky Van Grunsven et Salinero aux Jeux Olympiques d’Athènes en 2004 à la télé. J’étais émerveillé ! Je trouvais ça incroyable. Je pense aussi qu’il y a une question de caractère car je ne suis pas le cavalier le plus téméraire quand je dois aller sur les barres. Je peux prendre un peu peur selon la hauteur des obstacles, aller sur le cross ma phobie ! Des obstacles fixes, c’est pas possible ! (rires) Le horse-ball, pareil je n’aime pas du tout les sports de contact.

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C’est donc la médiatisation du dressage qui t’a fait connaître le dressage et non le poney-club…

Effectivement. C’était aussi une question de hasard car j’ai allumé la télé pile au moment du passage d’Anky et Salinero. Je me suis dis Woaw, c’est ça que je veux faire plus tard !

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Je t’entends beaucoup parler avec ton cheval Alcatraz, que tu as acheté à ses 3 ans (aujourd’hui, il en a 8), à l’entraînement. Qu’est-ce que tu lui dis et qu’en retiens-tu de positif de lui parler ?

On est tous un peu anthropomorphe quand on monte à cheval même si je suis le premier à râler qu’untel ou untel est trop anthropomorphe. Il faut bien faire la différence que les chevaux restent des chevaux, même si c’est nos bébés d’amour. Alcatraz, je lui dis plein de bêtises (rires), beaucoup de petits mots d’amour ! Ce que j’en retire dans l’entraînement c’est que ça le stimule autrement que les aides classiques mains-jambes-poids du corps. Je trouve que ça instaure un autre contact, quelque chose de sympa où j’y trouve mon compte et je pense que lui aussi.

Qu’as-tu envie d’accomplir avec ce cheval et de manière général en dressage dans ta vie ?

Avec Alcatraz, l’idéal est de pouvoir le dresser au Grand Prix. On fera ce qu’on fera dans le Grand Prix, le but c’est toujours de bien faire. Je l’ai eu à 3 ans et pouvoir réaliser cette aventure ensemble permet d’apprécier toutes les étapes, les moments de joie et de doute, de tristesse. Malgré le fait qu’en tant que professionnel, on ne sait jamais combien de temps on va garder les chevaux, si on peut se permettre de les garder, parfois on ne peut pas se permettre de refuser des propositions.

Ce que j’aimerais pouvoir accomplir dans le dressage dans un sens plus large, c’est de pouvoir former des chevaux, monter plein de chevaux différents, faire du jeune cheval et surtout ne pas me fermer de portes. J’aimerais aussi faire du commerce, rester dans la compétition, former aussi des cavaliers car j’adore enseigner. J’aime autant enseigner que monter. Toujours continuer d’évoluer, travailler avec des propriétaires et des éleveurs sympas, faire progresser les chevaux et les cavaliers.

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* Cet article a été sponsorisé par Tacante et rédigé librement par PegaseBuzz.

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