[Bien-Être] Pourquoi les chevaux ne sont pas des biens de consommation

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En mars dernier, j’étais invitée à réaliser un reportage sur la reconversion des chevaux de course dans le cadre particulier d’une écurie spécialiste de la reconversion (voir vidéo ci-dessous). Des écuries de reconversion, vous en avez plusieurs dans toute la France. Avant de pénétrer dans les écuries de l’Etrier de Granlieu, labellisées par l’association Au-delà des Pistes, je n’avais aucune idée que ce type de structure existait en tant que telle, que c’était même un savoir-faire.

A vrai dire, je ne m’étais jamais vraiment posée la question. J’ai surtout souvenir des chevaux reconvertis – trotteurs comme purs-sang – rencontrés en centres équestres et qui m’avaient pour certains paru “compliqués”. Je ne m’étais pas posée la question du “pourquoi”. Je me disais juste “c’est comme ça”. Dans ma tête, le cheval reconverti, c’était la plupart du temps “la galère” à monter. Je pense que c’était pour eux une galère que de supporter des cavali(è)r(e)s comme moi qui ne les comprenaient pas. Peut-être que, tout simplement, ces chevaux n’avaient pas reçu toute l’attention nécessaire à une reconversion idéale depuis leur carrière course jusqu’à leur nouvelle vie de cheval d’équitation sport et loisirs. Cette journée en immersion chez Martial Delumeau et Nicolas Delous m’a permis de voir le cheval de course reconverti sous un autre angle et surtout de comprendre pourquoi la reconversion est une étape-clé dans la vie du cheval de course.

Le bien-être au service de la reconversion

Cela fait plusieurs années maintenant que je m’intéresse au bien-être aussi bien équin qu’humain. D’après ma compréhension, le bien-être équin c’est bien au-delà d’acheter le meilleur produit de soin, le meilleur produit alimentaire, la meilleure selle, le meilleur filet. Le bien-être, ce n’est pas Avoir, c’est Être. Le cheval comme l’être humain, pour être Bien, il doit Être.

Cela veut dire que l’on doit comprendre qui il est en dépit de tous les conditionnements qui lui sont imposés. A partir du moment où on a compris qui était le cheval en face de nous, on commence à détenir une clé fabuleuse dans notre relation avec lui. Que l’on soit son cavalier, son groom, son maréchal-ferrant, son vétérinaire ou une personne de passage. Le cheval n’attend de nous que de comprendre qui il est et à partir de ce moment-là, tout devient possible.

Pour moi, le travail de ces écuries de reconversion est une véritable réponse à cette notion de bien-être. Régulièrement, des chevaux sont placés par les associations dédiées. A l’Etrier de Granlieu par exemple, l’écurie compte 6 chevaux en reconversion au travail avec un temps moyen de deux à trois mois de reconversion, 9 chevaux en convalescence plus ou moins longues et 2 juments de 2 ans au pré pour terminer de grandir. Tous ces chevaux sont passés par la filière course avant leur arrivée et chacun a des besoins différents.

Pour moi, c’est cette capacité d’écoute du cheval, le respect de son rythme qui fait la différence pour la suite. Un cheval qui donne le meilleur, avec le coeur, sera toujours sur le long terme celui qui se sent écouté et respecté. En ça, la phase de reconversion est décisive. Notamment car bien souvent, ces chevaux deviennent des chevaux de famille, de cavaliers avec des niveaux d’équitation aléatoires. Il faut donc pouvoir mettre le cheval dans les meilleurs dispositions pour accepter un cavalier souvent moins précis qu’un professionnel.

Penser durabilité avant rentabilité immédiate

C’est là que la phase de placement intervient. On ne cherche pas à vendre un cheval, on cherche à créer un couple, une entente. Lorsque les futurs cavaliers viennent essayer un cheval, ils doivent s’en occuper, le préparer comme si c’était déjà le leur afin que les professionnels puissent déceler si le système de confiance se met en place ou non. Pourquoi c’est possible ? Parce que le fonctionnement qui a été mis en place entre les associations et les écuries de reconversion visent à soutenir l’activité de l’écurie afin qu’ils puissent faire leur travail au mieux en évitant de les mettre dans des circonstances de rentabilité absolue.

Ces circonstances permettent de prendre le temps de faire les choses bien. C’est ensuite un cercle vertueux qui se met en place : lorsque les futurs cavaliers passent par une écurie de reconversion spécialisée, leurs chances de rencontrer un cheval adapté avec les codes de l’équitation classique sont plus élevées. Ainsi, on assure une stabilité économique à ces structures. Ce qui leur permet de faire toujours mieux à tous les niveaux. Tous les professionnels du cheval n’ont pas le savoir-faire ou la patience ou la possibilité de la reconversion. Passer par une écurie spécialisée est une garantie d’un cheval bien dans sa tête capable d’appréhender un environnement équestre et une équitation sport/loisirs.

De la croyance humaine à la croyance équine

Ce qui est souvent très révélateur, c’est la réponse du professionnel à la question : “pourquoi avez-vous choisi la reconversion des chevaux de course ?”. Quel est son lien particulier avec ces chevaux. Dans le reportage, la réponse de Martial est : “à 14 ans, mes parents n’avaient pas les moyens de me payer un cheval à 15 000€, on a choisi un cheval reconverti et j’en étais tout aussi heureux”. Martial a souffert de la mauvaise image des chevaux de course en centre équestre parce que réputé comme des “chevaux nuls”.

Pourquoi ont-ils cette image ? Parce qu’à l’époque, la reconversion n’était pas toujours bien exécutée mais aussi parce que notre rapport à l’argent est très fortement en lien avec la qualité. Le fait est que le cheval, lui, ne se pense pas comme un bien meuble, il ne se pense pas comme étant un cheval à XXXX euros. Le cheval ne se pense pas comme un produit, il se pense comme un cheval. Le système monétaire n’existe pas pour lui.

Du concept de la propriété à l’équilibre dans la relation Homme/Femme-Cheval

Tant que nous pensons les chevaux comme des biens de consommation et de marchandise dans une perception de plaisir individuel ou de construction sociale, nous ne pouvons pas voir les chevaux tels qu’ils sont, nous ne voyons pas leur véritable valeur. Aimer et respecter un cheval, c’est oublier la notion de propriété et de valeur financière qui ne concerne que l’humain dans la société.

Les cavaliers de trotteurs ou de purs-sang reconvertis, de chevaux pas perçus comme des “cracks” mais aussi les cavaliers de chevaux de n’importe quel prix même pharaonique vivant une belle histoire avec leur cheval la réalise parce qu’initialement, leur besoin n’est pas d’avoir un cheval. Le besoin de ces cavaliers est d’Être avec leur cheval, de créer un lien pur et sain tout respectant qui est leur cheval. À partir de ce moment-là, tout devient possible peu importe le prix, peu importe les conditions, peu importe le passé ou l’avenir. Je pense que c’est ça, le fondement du Bien-Être Équin : apprendre à être au lieu d’avoir.


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1 Response
  • franck
    juin 3, 2021

    Je vais me baser sur mon expérience passée et désormais présente. Avant j’étais groom donc concours, valeur commerciale, objectifs, qualités, recherches de produits avec potentiel, gain etc. C’était le cheval de sport avant tout et cette fameuse notion de rentabilité. Un trotteux réformé on la balançait en reprise avec l’objectif de le transformer en trois leçons, tout comme un PS sorti des champs de course. C’était un peu démerdes toi avec lui et basta il faut en faire un cheval d’école et vite. On se foutait de savoir le mental ou le vécu de ce cheval. C’était très intelligent forcément…. (ironie off) L’existence du bien être n’existait pas ou peu. De plus en plus on voit un évolution, une réelle prise de conscience (pas générale malheureusement). Mais ce qui est a changé c’est l’approche : on commence à voir arriver ce besoin de relationnel, de soin, d’avoir pour le plaisir d’être accompagné, de créer un lien bien avant de penser valeur marchande ou notion de rentabilité. J’ai des exemples de clients qui sont dan ce cas de figure évoqué dans l’article : ils ont pris le temps, il y ont cru, ils ont construit le tout sans se poser de question sur la rentabilité. Quand on aime on ne calcule pas, quand on aime on prend le temps : de comprendre, d’analyser, de faire du bien. Le cheval trouve une nouvelle place dans notre monde. Y’a encore un paquet de choses à faire, de barrières à tomber mais ça avance.

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