[ITW] Haut-niveau : Adrien Theyssier demande plus d’équité dans le système de sélection

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Marchand de chevaux autodidacte et dirigeant des Ecuries de Theyss, Adrien Theyssier a découvert le monde des chevaux et des courses à 18 ans après une réorientation. Il se passionne pour la grande sensibilité des pur-sang lors de sa première expérience professionnelle. Aujourd’hui âgé de 34 ans, il porte le projet du commerce de chevaux haut-de-gamme depuis 3 ans et celui de faire du haut-niveau depuis 1 an avec la cavalière Alexa Ferrer. Le 14 août dernier, il pousse un coup de gueule sur Facebook à l’encontre du sélectionneur de l’équipe de France, Thierry Pomel. Le motif ? Le sélectionneur aurait assuré une sélection au 4* de Valence à Alexa Ferrer dans tous les cas ainsi qu’au 5* de Valence si elle performait à Dinard. Après avoir suivi soigneusement les recommandations du sélectionneur et largement atteint les objectifs sportifs demandés, la cavalière n’a obtenu aucune sélection.

PegaseBuzz a rencontré Adrien Theyssier et essayé de comprendre le projet sportif d’Alexa Ferrer ainsi que le système qui permet aux cavaliers de concourir au plus haut niveau de compétition de saut d’obstacles : le 5*.


1. Vous avez poussé un gros coup de gueule récemment, des cavaliers non sélectionnés il y en a beaucoup. Pourquoi est-ce que cela vous met dans un tel état ?

Adrien Theyssier : Pour arriver à ce niveau, on a mis une stratégie en place en consultant le sélectionneur qui nous a expliqué quels objectifs devaient être atteints pour faire partie des sélections. Ces objectifs ont toujours été atteints et malgré cela, nous n’obtenons toujours pas de sélection en concours 5*. Faire du haut-niveau coûte de l’argent. En tant qu’entreprise, nous avons des obligations de résultats auprès de nos associés.

2. Comment avez-vous connu Alexa Ferrer ?

Je l’avais repérée sur les concours dans mon idée du sport. C’est-à-dire des personnes qui ne font pas que monter leurs chevaux, qui s’en occupent de A à Z, qui aiment autant les monter à la maison qu’en concours, qui ont le souci de la perfection au quotidien. On s’est tout de suite entendus. On a commencé il y a 3 ans à travailler ensemble et ça fait 1 an qu’on a commencé le haut-niveau.

3. C’est quoi votre plan sportif ?

L’une des branches de notre entreprise consiste à valoriser des chevaux de haut-niveau et en même temps, valoriser la carrière sportive d’Alexa Ferrer (employée des Ecuries de Theyss, ndlr) par le biais de concours 4* et 5*. Pour cela, on a acheté des chevaux sur les conseils du sélectionneur Thierry Pomel pour pouvoir devenir performants dans des épreuves d’1m50 car les épreuves d’1m45, ça ne l’intéressent pas. On a ensuite fait des résultats jusqu’à 1m60.

4. S’il faut être sélectionné pour participer à ces épreuves, comment fait Alexa Ferrer pour concourir à ce niveau ?

Pour accéder à ces concours 4* et 5*, nous avons dû systématiquement être partenaire ou prendre une table VIP. Ce qui représente un budget conséquent sachant que nous avons fait une dizaine de concours pour atteindre nos objectifs en un an. (Ce système de participation payante permet aux cavaliers d’accéder aux concours internationaux 4* et 5* quand ils ne sont pas sélectionnés par leur fédération. Ce budget est compris entre 20 000€ et 30 000€ par concours en moyenne, ndlr.)

On aurait préféré investir dans un bon jeune cheval, le revendre et gagner de l’argent pour continuer de financer le sport qui coûte cher quand on n’est pas sélectionné. On aurait pu aussi soutenir plus d’organisateurs de concours, car nous sommes aussi partenaires sur des compétitions. Il est certain que l’on aurait préféré avoir les sélections qu’on nous a promises pour investir intelligemment cet argent plutôt que de payer des tables. D’autant plus que les résultats d’Alexa étaient toujours au-delà des objectifs qui nous étaient fixés.

5. Alexa Ferrer soutient-elle votre démarche « coup de gueule » ?

Pas du tout ! Alexa est une sportive avant tout, et elle est ouvertement contre ma démarche depuis le début.

6. Vous estimez à combien le nombre de cavaliers qui travaillent dans les mêmes objectifs que vous en France ?

Entre 30 et 50 cavaliers.

7. Pourquoi selon vous, Alexa Ferrer est dévalorisée par le système de sélection ?

Parce qu’elle n’est pas sélectionnée ! Quand on montre qu’on est capable d’être meilleure française d’une épreuve à 1m55 (Alexa F. est 6ème de cette épreuve et 12ème du GP160 du CSI5* de Dinard, ndlr) dans un concours reconnu avec un plateau de très bons cavaliers et qu’on est classé dans une 1,60m avec un cheval qui est dans sa première année de 5*, on mérite une sélection à mes yeux. Aujourd’hui, elle a trois chevaux qui peuvent faire du 5* et elle a montré qu’elle était capable de le faire, alors je ne comprends pas pourquoi Monsieur Pomel ne lui donne pas sa chance.

8. Quel serait selon vous l’intérêt du sélectionneur d’empêcher Alexa Ferrer d’accéder à plus haut niveau puisque c’est ce dont vous l’accusez ?

Son intérêt pourrait être de servir certains sans se soucier que ça desserve d’autres, par choix personnels. Aujourd’hui, on lui demande d’être dans un rôle de sélectionneur dont l’objectif est de laisser la chance à tout le monde, que ce soit à Alexa ou à d’autres cavaliers qui peuvent y prétendre. Il y en a plein qui sont même meilleurs, avec de meilleurs chevaux. Monsieur Pomel ne leur donne pas leur chance non plus, contrairement à ce que faisait l’ancien chef d’équipe Philippe Guerdat. Être sélectionneur n’est pas facile j’en ai conscience car il y a moins de places que de cavaliers, mais je réclame un peu d’équité.

9. Pensez-vous que votre démarche va servir ? Pourquoi avoir fait cette prise de parole publique ?

Cette démarche m’a servi à me rendre compte que nous n’étions pas les seuls dans cette situation. Ce problème serait récurrent depuis de nombreuses années. Je pense qu’à un moment il faudra un système clair, ouvert à tous, pourquoi pas avec un circuit de compétition parallèle pour les espoirs.

10.  Avez-vous peur après les échanges que vous avez eu avec Thierry Pomel à la suite de votre coup de gueule ?

Peur non. Peur de ses menaces non. Peur qu’on nous sélectionne pas, non plus car c’est déjà notre réalité. Je suis d’abord un amoureux des chevaux, j’aime les courses, l’art équestre dans sa globalité et l’excellence. Donc non, je n’ai pas de crainte. En revanche, je suis déçu de découvrir l’envers du décor. Tous les talents devraient pouvoir avoir accès sans payer ou sans attendre. Il m’a quand même dit : « si vous voulez qu’elle ait sa chance, arrêtez de payer des tables, vous la laissez de côté et le jour où je verrai qu’elle est trop délaissée, je lui laisserai une sélection ».

Sauf qu’aujourd’hui on est là, on est prêt, on a les chevaux, on a un super entraîneur (Grégoire Obersson, ndlr). Qu’attend-il ? Que les chevaux aient 5 ans de plus ? Qu’Alexa fasse autre chose de sa vie ?

11. Que dénoncez-vous dans le système fédéral actuel ?

Je ne peux pas le dénoncer car je ne le connais pas, je ne l’ai pas analysé. Ce que je constate d’après cette expérience, c’est que Thierry Pomel a des préférences. La seule chose c’est que la fédération n’est pas une institution privée, il est payé avec l’argent des adhérents. Le rôle n’est pas rempli d’après moi. Alexa est une jeune cavalière et je pense que la fédération a pour rôle aussi d’encourager les jeunes. Et surtout ces femmes cavalières qui concourent contre des hommes. Pour une femme c’est encore plus dur. Venez passer une semaine avec Alexa au travail. Cette femme a consacré sa vie et l’a sacrifiée totalement pour les chevaux. Elle s’est battue depuis qu’elle est née pour ça et ses parents aussi. Aujourd’hui, elle a 33 ans et une seule personne l’empêche d’aller plus loin, c’est inadmissible.

12. Quelle est la solution selon vous ?

Il faudrait un sélectionneur qui croit dans les jeunes, dans le sport, qui n’ait pas peur de prendre des risques. Quelqu’un qui ne nous ment pas. S’il (Thierry Pomel, ndlr) ne nous avait pas promis une sélection dès le début en échange de résultats, et qu’il nous avait dit franchement qu’on payerait toujours nos tables parce qu’il ne voudrait jamais de nous en sélection, on aurait pu se donner le choix de continuer ou non, ou d’investir cet argent différemment. Mais on a suivi la carotte au bout, et cette situation est dangereuse pour mon entreprise.


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