Affaire Hennequin : pourquoi la quête du bien-être équin doit être plus efficace

by

Samedi 26 mars 2022 dans la soirée, l’effroi général sur Facebook après qu’une vidéo prise à la volée dessine ce qui parait être une scène de maltraitance envers un poulain. La description est sans appel puisqu’elle indique par avance que Stéphanie Hennequin frappe un poulain allongé au sol au pied du pont d’un camion. Après visionnage, on ne peut que constater qu’une personne – sans reconnaître qui – afflige des coups de chambrière avec la partie rigide de l’outil à un animal. D’autres coups semblent être donnés au sol avec la partie en corde. L’image n’est pas très nette mais elle n’en reste pas moins choquante, avec ou sans contexte.

Très vite, la vidéo devient virale. Les commentaires sont déjà aussi violents que les images. PegaseBuzz est tagué à plusieurs reprises, ce qui m’alerte. Mais aussi des médias généralistes, des politiques et des associations de protection animale réputées pour leur position contre l’équitation et toutes formes de pratique autour du cheval. La possible tournure d’une médiatisation de plus grande ampleur est inquiétante quand, dans la même semaine, les courses hippiques font la Une avec une grosse affaire de dopage équin. Dès le lendemain de la publication, la Fédération Française d’Équitation prenait le relai et lançait une procédure interne à l’attention de Stéphanie Hennequin.

Cette inquiétude n’est pas nouvelle de mon côté puisque j’en parlais déjà en 2018. Puis plus récemment en 2020 dans l’article “Quelle pérennité pour les sports équestres à l’ère de l’antispécisme ?” avec la participation de Bertrand Piganiol. Tandis que le mouvement antispéciste se durcit, le monde du cheval semble être resté à l’arrêt comme si rien ne pouvait l’effleurer, pas même la chambrière des sœurs Hennequin.

Ces dernières ont livré publiquement à Grand Prix leur version des faits le vendredi 1er avril 2022. Le témoignage relate que le poulain de 2 ans devait embarquer dans le camion mais “il a perdu l’équilibre et est tombé sur les barrières placées pour les [les poulains, ndlr] encadrer, étant donné leur jeune âge. Il les a cassées, a chuté et ne s’est pas relevé, comme l’aurait fait n’importe quel cheval par réflexe. Il était alerte mais il restait couché”, indique Stéphanie Hennequin. Sa sœur Sandra précise : “Je suis responsable des coups de chambrières donnés au poulain que l’on voit sur la vidéo. Je ne nie pas les faits, j’ai bien tapé sur sa croupe. J’ai agi en dernier recours, après une ou deux minutes à le voir à terre”. Celle-ci aurait agit ainsi dans la panique et regrette d’avoir manqué de sang froid. Le but était de faire réagir l’animal et non de lui faire mal d’après les deux jeunes femmes.

Si pour certains c’est l’intention qui compte, le fait est que, avec des intentions louables ou non, ces agissements ne sont plus acceptables. Peu importe l’intention, l’interprétation de ces images ne peut être que négative. Dans un monde du cheval qui vomit du bien-être animal dès qu’il le peut pour prouver sa bonne foi d’aimer les chevaux, les mots doivent à tout prix être poursuivis par des actes. Il est indispensable d’être en cohérence avec les valeurs prônées dans une démarche sincère et globale de toute la filière de façon à être inattaquable.

La situation dans laquelle se sont trouvées les sœurs Hennequin, n’importe quel cavalier aurait pu la vivre. La solution choisie dans cette situation démontre que le processus de formation de ces deux personnes – l’une professionnelle et l’autre amatrice – n’a pas été à la hauteur de l’exigence que requiert la vie auprès des chevaux. C’est-à-dire une vie demandant bienveillance, respect, empathie, humilité et amour. En effet, si ces notions sont respectées, comment la violence a-t-elle pu s’instaurer dans un univers dominé par la passion du cheval ? Est-ce une notion innée ou acquise ?

Si ces notions n’ont pas été acquises par une certaine forme de mimétisme à travers les générations, cela montre en tout cas que ces comportements ont toujours été tolérés/acceptés jusqu’à présent, ou en tout cas pas suffisamment sanctionnés. La filière Cheval doit se remettre en question, car il semblerait bien que son système n’est pas suffisamment efficace pour anéantir la violence, tous niveaux de gravité confondus.

De toute évidence, la parution de telles images n’est pas prête de s’arrêter si la quête du bien-être équin n’est pas plus efficace dans les faits. L’affaire Ludger Beerbaum et l’affaire Mark Todd, toutes deux sorties en 2022, en sont de flagrants exemples. Alors que devons-nous faire ? Entrer dans une guerre des images ? Où les images du bien-être et preuves d’amour viennent en opposition aux images chocs sur les réseaux sociaux ? Est-ce suffisant ? Même si ce sera fort utile et reflètera la réalité de bon nombre de passionnés qui cherchent à bien faire, la nécessité absolue aujourd’hui réside selon moi autour de trois piliers : structuration, sanction, éducation.

  • Structuration : aujourd’hui, la filière Cheval – hors hippisme – est encore trop disloquée. Elle manque d’un socle commun entre tous les mondes du cheval qui soit clair pour tous, même pour le grand public. Les institutions existantes fonctionnent d’ailleurs souvent en fonction des disciplines (équitation VS courses par exemple) ou des régions. Les mondes du cheval hors grosses administrations ne se rencontrent quasiment jamais. Le savoir et les retours d’expérience ne sont pas transmis et l’entre-soi est privilégié. L’information ne circule pas de manière fluide horizontalement mais aussi verticalement entre le terrain et l’administratif.
  • Sanction : les comportements répréhensibles envers les chevaux nécessiteraient d’être plus clairement définis, communs à tous les univers équestres et sanctionnés par degré de gravité. Que ce soit par des sanctions financières jusqu’à l’impossibilité totale d’exercer auprès des chevaux, de pratiquer l’équitation ou de posséder des chevaux.
  • Éducation : la formation se doit d’être continue et plus pointue pour les enseignants et encadrants du cheval. L’apprentissage de la maîtrise de soi et de la gestion des émotions semble nécessaire dans la pratique équestre et autour du cheval. La formation doit aussi pouvoir s’adapter aux nouvelles attentes des cavaliers tout en leur transmettant le savoir nécessaire à non plus devenir de simples cavaliers mais bel et bien de vrais femmes et hommes de chevaux. Par nécessité de transparence, et non pas juste dans un objectif d’augmenter le nombre d’adhérents, l’éducation pédagogique des populations grand public a besoin d’être plus présente dans le paysage réel et médiatique.

De mon point de vue, une population soudée, éduquée et concernée, qu’elle soit équestre ou non, permettra in fine un mieux-être globale dans la filière Cheval, un environnement plus sain pour tous, une écoute plus constructive et élévatrice. Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin.

En ce qui concernent les sanctions actuellement encourues, j’ai pris soin de me renseigner auprès de la Fédération Française d’Équitation après la publication des vidéos impliquant Stéphanie et Sandra Hennequin.


INTERVIEW
La FFE a-t-elle mis en place une cellule de crise pour des cas comme l’Affaire Hennequin (Stéphanie et Sandra) ?

Une procédure interne a été mise en place pour traiter chaque signalement qui pourrait constituer des mauvais traitements, que ces signalements soient médiatisés ou non.

Si oui, quel est le déroulé du processus ?

Les signalements sont examinés par une éthologue en charge des projets Bien-être animal au sein de la FFE. Le cas échéant la commission Bien-être animal peut être saisie en complément. L’établissement est interpellé sur les points qui appellent des remarques de nos services. Il peut ne pas s’agir de comportement de maltraitance mais parfois de négligence ou bien d’éléments trompeusement présentés comme des maltraitance.

Les situations en compétition sont systématiquement redirigées vers la commission juridique et disciplinaire de la FFE qui est compétente pour les infractions aux règlements dans le cadre des activités organisées ou autorisées par la FFE.

Si une maltraitance était avérée hors compétition, les services de l’Etat en sont informés.

Dans le cadre du dossier Hennequin, le Comité d’éthique et de déontologie a été saisi, au regard de la nature des faits qui semblent se dérouler dans la vidéo.

Combien de temps peut durer ce processus ?

Le processus est plus ou moins long en fonction de la situation. Un procédure en commission disciplinaire peut durer jusqu’à 4 mois si la personne fait appel de la sanction de  1ère instance par exemple.

Quelles sanctions existe-t-il à ce jour à l’encontre de ce type de maltraitance ? 

Le règlement disciplinaire prévoit un panel de sanctions pour tous les types de manquements et pas spécifiquement pour les maltraitances. Ainsi, il existe:

1° Des pénalités sportives telles que : 

a) le déclassement ; 

b) la rétrogradation dans un classement ; 

c) la disqualification d’une épreuve ou d’un concours ; 

2° Des sanctions disciplinaires choisies parmi les mesures ci-après :  

a) l’avertissement ; 

b) des pénalités pécuniaires – lorsque cette pénalité est infligée à une personne physique, elle ne peut excéder un montant de 45.000 € ; 

c) la suspension d’exercice de fonctions ; 

d) la suspension de la licence compétition ; 

e) la radiation de la licence et/ou de la licence compétition ; 

f) la radiation de l’adhésion ; 

g) l’interdiction pour l’équidé de participer à des compétitions.

Des enquêtes sont-elles menées en profondeur à la suite de ce type de signalement ?

La FFE est une fédération sportive délégataire d’une mission de service public pour le développement et la promotion de l’équitation. Nos services ne disposent ni des prérogatives, ni des compétences pour mener des enquêtes à l’instar des forces de polices ou de gendarmerie ou de l’administration.

En dehors de la FFE, quelles institutions ont autorité pour sanctionner des personnes maltraitantes envers les chevaux ?

Logiquement les institutions judiciaires après enquête de police/ gendarmerie et les institutions administratives après contrôle des Directions Départementales de la Protection des Populations sont compétentes pour prononcer des sanctions.

Dans quels cas une personne ayant commis des actes de maltraitance avérés pourrait être interdite d’exercer une profession en lien avec les chevaux ?

Dans le cas de sévices graves ou acte de cruauté envers un animal domestique, l’article  521-1 du code Pénal prévoit les personnes physiques reconnues coupables de telles infractions  encourent également les peines complémentaires d’interdiction, à titre définitif ou non, de détenir un animal et d’exercer, soit définitivement, soit temporairement, dans ce dernier cas pour une durée qui ne peut excéder cinq ans, une activité professionnelle ou sociale dès lors que les facilités que procure cette activité ont été sciemment utilisées pour préparer ou commettre l’infraction

Qu’est-ce qui est considéré comme acte de maltraitance animale par la FFE à ce jour ? 

L’article 1.5 du réglement général des compétitions prévoit que :

Le mauvais traitement peut se définir comme le fait d’infliger, intentionnellement ou non, une souffrance ou un inconfort inutile à un poney/cheval tel que, notamment : 

– Cravacher un poney/cheval de façon excessive, 

– Frapper un poney/cheval avec la main, le pied, le flot des rênes, une étrivière ou tout autre objet ou de tout autre manière, 

– Faire subir au poney/cheval un quelconque choc électrique, 

– Utiliser des éperons de façon excessive ou persistante,  Donner un coup à la bouche du poney/cheval avec le mors ou autre chose,  

– Concourir avec un poney/cheval dont l’état physique est inadapté, notamment épuisé, en déficit ou excès pondéral, boiteux, blessé, malade, etc. 

– Anormalement sensibiliser ou désensibiliser une partie du corps du poney/cheval, 

– Laisser le poney/cheval sans nourriture, eau ou travail suffisant,  

– Utiliser un dispositif ou un équipement qui cause une douleur excessive au poney/cheval quand il touche la barre d’un obstacle, 

– Priver les poneys/chevaux de leurs vibrisses, les poils tactiles situés autour des yeux, du nez et de la bouche, 

– L’utilisation excessive des éperons et/ou de la cravache, 

– Le maintien au-delà de quelques minutes d’une attitude exagérément contrainte, 

– Du trot/galop soutenus sans pause, 

– Concourir avec une jument gestante depuis plus de 4 mois. 

En dehors d’éventuelles sanctions, à quoi peuvent être soumis les maltraitants (amendes, autres) ?

Le code Rural et le code Pénal définissent les peines pour les actes de maltraitance et autres infractions pénales: article R.215-4 du code Rural et articles 521-1 et suivants du code Pénal. Les peines peuvent effectivement être une amende, une peine d’emprisonnement ou d’autres peines complémentaires.

Quelles sont les marches à suivre pour signaler de la maltraitance animale dans une écurie ? Auprès de qui ? Avec quelles preuves ?

Pas de démarche particulière nous concernant un courriel adressé aux services de la FFE précisant en objet qu’il s’agit d’un signalement pour maltraitance. Mais le signalement effectué sur facebook a aussi bien fonctionné.

Pour les services de police, une plainte est nécessaire pour déclencher une enquête.

Pour les services administratifs, une dénonciation avec preuve peut mener à un contrôle de la structure.


Suivre PegaseBuzz sur Instagram pour plus d’informations en temps réel

Suivre PegaseBuzz sur Tik Tok pour plus de coulisses

Suivre le média PegaseBuzz sur LinkedIn et recevoir les dernières offres d’emploi

Cet article vous a intéressé et vous souhaitez devenir un lecteur actif de la communauté ? Rejoignez le groupe Facebook La Buvette – PegaseBuzz

Abonnez-vous à La Buvette, la newsletter Business de la filière Cheval

No Comments Yet.

What do you think?

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.